Raymond Debiève

 

Durant toute sa vie, Raymond Debiève a observé, avec acuité, humour et poésie, le monde qui l’entourait : ses paysages -les corons, les terrils, les fermes, les moissons, la Provence – mais surtout les êtres qui les peuplaient.

Sous son trait, les visages s’animent ; sous ses couleurs, les femmes et les hommes prennent vie ; sous ses doigts, tous se dressent et racontent ce Nord des années d’après guerre, entre joie des fêtes populaires et détresse des ouvriers dans leur vie quotidienne.

***

Raymond Debiève nait le 29 mai 1931, tout comme son frère jumeau Michel, dans un faubourg populaire de Maubeuge (Nord de la France). Très tôt, encouragés par Emile, leur père, les deux frères s’amusent avec les crayons, apprennent les traits sur le papier ou les carreaux de la cuisine. La guerre bouleverse la vie de la famille : Emile meurt et les jumeaux sont séparés. En 1944, Madeleine, la maman, se remarie avec Lucien Henneuse, qui leur offre leur première boîte de peinture, leur fabrique chevalets et palettes. Viennent plus tard des études aux Beaux-Arts de Valenciennes, sur les recommandations du peintre Charles Bétrémieux, où leurs travaux sont très vite remarqués et récompensés : Raymond et Michel obtiennent chaque année des prix. A la maison, Lucien transforme une chambre en atelier pour les deux frères, installe une forge dans le garage :  Raymond et Michel sculptent le métal, l’émaillent, créent des bijoux, s’initient au modelage en terre. En 1953, les deux jeunes artistes entrent dans l’atelier du peintre-verrier Paul Ducatez, et sont en lien étroit avec l’Abbé Mériaux, curé visionnaire attentif au mouvement des Arts et Traditions Populaires et fondateur du Musée du Verre de Sars-Poteries. Durant deux années, ils effectueront principalement des vitraux pour les églises des environs. Les années 60 voient la dissociation des jumeaux, chacun va alors mener son travail seul : Michel à Nantes, Raymond en Provence.

Raymond Debiève expose de son vivant en France à Paris (Galerie Mai, Galerie du Siècle, Galerie de la Demeure où il rencontre Jean Lurçat)), Lille (Galerie des Flandres), en Provence à Avignon (Galerie Odile Guérin), Dieulefit, Valréas et Taulignan ainsi qu’en Suisse (Galerie de la Ratière, lac Léman). Il rencontre au cours de sa vie des artistes de renom comme César, Jean Lurçat, Edouard Pignon ; le fameux critique d’art Jean Bouret, ou encore les écrivains Henri Bosco et Hélène Parmelier. En 1983, il installe son dernier atelier en Provence, à Rochegude. En 2007, Alain Bouret édite le polychrome Portraits d’artistes peintres, chez Ides et Calendes (Neufchâtel). Après sa disparition en 2011, une rétrospective est organisée dans sa région natale en 2017.

Issu d’une période qui voit émerger de nombreux courants artistiques (art déco, cubisme, abstraction), fasciné par l’œuvre protéiforme de Picasso, mais aussi nourri de Van Gogh, de Velasquez, des peintres flamands : il fait siens ces thèmes emblématiques que sont les maternités, les ateliers du peintre, ou encore les natures mortes.

Ses œuvres très variées dans la forme, le support ou le sujet ont comme point commun de saisir en quelques traits et couleurs la vie, le quotidien qui entoure l’artiste : portraits, scènes d’intérieur, paysages témoignent d’un regard aigu, parfois amusé, parfois révolté, porté sur le monde en reconstruction qu’est cette période de l’après-guerre en France.

Raymond Debiève, souhaitant farouchement rester libre, ne cédant en rien aux modes ou tendances, avait choisi de vivre à l’écart dès son départ en Provence, avec sa femme Jeannette, son soutien sans faille. Depuis sa disparation, son œuvre fait l’objet d’une redécouverte et suscite un intérêt croissant, tant en France qu’à l’étranger.

 

Quelques dates

1931: Naissance des jumeaux Raymond et Michel Debiève à Sous le Bois, prés de Maubeuge (Nord). Le papa, Émile, est ouvrier fondeur. La famille habite une maison avec un jardin qui borde la voie ferrée Paris-Bruxelles.

Les deux enfants dessinent de manière intensive. Cette pratique est valorisée par la famille. La maman, Madeleine (née Sol), montre les résultats au père lorsqu’il rentre de l’usine. Le grand père tapisse le bureau de l’octroi où il travaille des premières œuvres des jumeaux.

1939: Mort du père, Émile Debiève.

1940-1944: Les jumeaux sont séparés.

1944: Madeleine se remarie avec Lucien Henneuse, carreleur.

1945: Naissance de Bernard. Raymond obtient le Brevet complémentaire. Il part en colonie de vacances dans les Vosges, puis au lac de Constance.

1947: École des Beaux Arts à Valenciennes. Charles Bétrémieux (1919-1997) est l’un de leurs professeurs. Les jumeaux remportent successivement le premier prix au Concours d’Encouragement à l’Art.

L’été, voyage à bicyclette en Bretagne.

1949: Exposition au musée de Maubeuge de dessins et monotypes, de plâtres sculptés, de chemises brodées, de gros réalisés à Sars-Poteries. M. Boez, conservateur du musée, achète le Saint Françoisde Raymond. Rencontre de l’Abbé Mériaux.

1951: Service militaire, dix huit mois difficiles à Royallieu (camp pour les aérostiers dans les années vingt, camp de transit pour la déportation pendant la Seconde Guerre Mondiale)

1953: Début chez le verrier Paul Ducatez. Décoration du bar de Georges Carpentier à Paris par Raymond et Michel. Lucien assure la pose des carreaux de céramique.

1954: Congrès des Écoles Maternelles à Lille. Raymond et Michel sont sollicités par les Bétrémieux et Marguerite Laurent, inspectrice des écoles maternelles pour réaliser les décors de L’oiseau de feu, thème sur lequel les enfants vont danser sur la scène de l’Opéra de Lille.

1955 : Début des expositions à la galerie Mai ainsi qu’à la galerie du Siècle à Paris. Toutes les pièces en tôle et en fil de fer sont vendues.

1956: Mariage avec Jeannette Martinoli (1923-2006), directrice d’école maternelle, militante du mouvement pédagogique Freinet.

1956-1958: Expositions à la librairie Giardà Valenciennes de sculptures en tôle.

1958: Naissance du fils de Raymond, Vincent.

1960: Exposition à Lille à la Galerie des Flandres de peintures très colorées.

1962: Départ pour la Provence, Jeannette est nommée à Buisson puis deux ans après à Visan.

1963: Exposition chez le peintre Traineau en Vendée, gouaches et craies.

1964: Publication d’un article de Jeannette dans L’éducateur n° 4, revue de l’ICEM, consacré à l’écriture. Exposition à la galerie Odile Guérin, Avignon

1969: Exposition de tôles peintes à la galerie Les chevaux du soleilà Paris.

1975-78: Bernard expose les oeuvres de Raymond et Michel à Pompas (Loire-atlantique) : tôles découpées, peintures de la série Les proverbes flamands, tapisseries, terres cuites…

1975: Séjour de Raymond à Sars-Poteries (Nord). Madame Delmotte lui fait découvrir l’Avesnois.

1976: Au Salon de l’Enclave, à Valréas, Raymond remet à Henri Bosco un exemplaire de L’âne culottequ’il a illustré. L’écrivain l’invite à passer une semaine à Lourmarin pour envisager une collaboration. La mort de l’auteur de L’enfant et la rivièremet un terme à ce projet.

1977: Exposition au Moulin de Sars-Poterieset à la Grange aux ancresà Avesnes (Nord).

1983: Installation du dernier atelier à Rochegude (Vaucluse).

1987: Mort de Madeleine, la maman.

1992: Inondations catastrophiques de Vaison la Romaine. Marqué par toutes ces morts, Raymond peint une série sur ce thème.

1996: Dominique Ayer expose Raymond en Suisse, à la galerie de la Ratière, grand succès.

2006: Mort de Jeannette.

2007: Publication de Portraits d’artistes peintres, édition Ides et calendes, Neuchâtel.

2011: Présentation d’œuvres à Taulignan. Décès à Orange.