Bernard Henneuse

Le fer, tendu, puissant, calligraphique…Le cuivre malléable,aux couleurs changeantes. Contre le mur : des barres rondes, tranquilles ; des tôles charnues, aux méchantes épaisseurs. La forge dort encore, marteaux contre l’enclume. Bientôt, la flamme et le métal porté au rouge. Un sourire mental pour mes personnages… Leurs corps qui ont vécu le feu, en ont gardé la vie.

Né au sortir de la guerre, en 1945, 14 ans après ses frères jumeaux Raymond et Michel Debiève, Bernard Henneuse est issu d’une famille ouvrière du Nord de la France. Enfant, il est fasciné par ses frères qui dessinent, sculptent, cousent et brodent sans cesse à la maison. Adolescent, bon élève, il entre à l’Ecole Normale : c’est une promotion pour la famille qui l’encourage dans cette voie. Plus tard, Bernard cherche à s’exprimer dans des domaines plus artistiques : le théâtre d’abord, la tapisserie ensuite (Michel créant les cartons, Bernard et sa femme, Annette, les tissant).

En 1988, sa vie prend une nouvelle orientation : son goût pour les minéraux, leurs couleurs, leurs mystères, le conduit à devenir joaillier. Ses doigts se délient, il retrouve la jubilation du travail manuel, de ses origines et des influences fraternelles. Il crée alors, pendant presque 20 ans, dans son atelier en Anjou, des bijoux précieux où se mêlent turquoises, émeraudes, tourmalines, opales et ors. S’affirme déjà un style très personnel, guidé par la matière, par les jeux de lumière entre pierres et métal. Annette rejoint l’aventure, accueillant les nombreuses clientes conquises. Bernard expose à Paris (Journées des Joailliers Créateurs, Salon Kara) et fait l’objet de publications dans la presse (magazines Dreams et Elle notamment).

En 2005, le couple, ayant soif de changement, rejoint la Bretagne. Bernard, quittant la cheville pour le marteau, y installe son atelier et forge le fer, martèle et dompte l’enclume. Ce sont de belles retrouvailles avec ce que lui a appris Michel dans ses jeunes années. C’est aussi un retour aux origines de ce Nord de la sidérurgie. Les formes naissent, légères et dansantes, pleines de vie et de mouvement, conservant en elles le feu qui les a animées. Ses œuvres, mêlant le fer, le cuivre, parfois le verre, sont poétiques et libérées, fortes et vives à la fois.

Il a exposé à de nombreuses reprises en Bretagne (La Baule, St Marc sur Mer, Le Croisic), en Anjou (Symposium de sculpteurs à St Florent le Vieil) et continue chaque jour d’allumer la forge et de faire tinter l’enclume.